Ivan de Halleux
(1942-2003)

 

 

 

Facteur de clavecin

 

                                    

Un kiosque au milieu d'un parc...

Etre européen, ce n'est pas seulement être issu de ce territoire qui va de Vienne à Brest, de Hammerfest à Gibraltar. C'est surtout appartenir à une communauté historique et en recueillir les traces innombrables.

C'est le don que nous ont fait ceux qui nous ont précédé sur cette terre d'Europe: des millions d'"objets": des tableaux, des fresques, des sculptures, des musiques, des villes, des paysages. Ces choses ne sont pas uniquement les chefs-d'œuvre de nos génies couronnés: Léonardo de Vinci, Michel-Ange ou Mozart.

Il y a aussi les milliers d'œuvres de nos artisans d'autrefois, artistes sans nom, dont les mains ont traité une à une toutes les pierres, tuiles et charpentes de nos cités, ont tracé savamment nos routes, ont planté diligemment nos champs.

A force de prétendre au sublime des œuvres des grands maîtres, on en vient à détruire des beautés indispensables à nos émotions: des rues silencieuses bordées de façades soigneusement dessinées, des églises sans architecte ornées de gargouilles ciselées, mais aussi des paysages, des forêts, des jardins, un kiosque au milieu d'un parc, un simple violon...

N'est-ce pas là, d'abord, notre Europe?

Fasse qu'arrive le jour où les heures précieuses passées par l'artisan d'autrefois à tailler des moulures en pierre sous les fenêtres d'une maison, ou la patience d'un travailleur disparu sur un détail subtil d'une frise sculptée, suscite enfin l'émotion du passant.

 Ivan de Halleux

 Message d'Alain Anselm

Sa disparition nous a rappelé cette lettre de Constantin Huygens à Henri Dumont le 8 avril 1655:

"J'apprens par lettres d'Anvers que le célèbre Couchet vient d'y trespasser, qui est une perte insigne aux amateurs de bonnes espinettes. Je suis bien ayse d'en avoir une de sa façon à deux claviers, comme estoit celle de M. de Chambonière, qui est très-excellente et telle que je ne crois pas que personne ne fasse après ce pauvre Couchet, qui je regrette extrèmement."

La Libre Belgique 27/01/2003

Dernière fugue
d'Ivan de Halleux

Il était un maître de la facture de clavecin. Né à Bruges en 1942, musicien, flûtiste amateur et étudiant en philisophie à Louvain à l'époque de la pleine révolution baroque, Ivan de Halleux trouva dans la facture d'instrument le lieu de convergence de ses rêves et de ses dons. Son premier clavecin, il le construisit en autodidacte, porté par un goût artisitique sûr, un esprit curieux et l'audace de celui qui, à la spéculation intellectuelle - où pourtant il excellait -, préférait encore le "faire". Ce coup d'essai fut un coup de maître: de Halleux partit se former, notamment à Paris, avant de s'installer à Bruxelles et d'y établir son atelier. S'inspirant des grands modèles du passé, de leurs techniques de facture et des approches remises à l'honneur par les pionniers de l'interprétation, il réalisa 40 instruments aujourd'hui dispersés dans toute l'Europe, de la Suède à l'Espagne. Au-delà de sa maîtrise dans le domaine particulièrement délicat de la sonorité des instruments, il se distingua aussi comme décorateur de ses clavecins - dont certains sont des objets d'art -, toujours avec ce mélange d'exigence, de modestie et d'inspiration qui le caractérisait. Les artistes étaient ses amis, jusqu'à son chevet où ils lui offrirent ses ultimes berceuses, avant sa mort survenue le 24 janvier. En plus des clavecins acquis par les conservatoires d'Anvers et de Bruxelles, le musée de La Villette à Paris, quelques grands clavecinistes professionnels et des amateurs éclairés, une superbe copie d'après un Johann Daniel Dulcken à deux claviers de 1755 (Anvers), commande réalisée en 1999, figure désormais au Musée des instruments de musique de Bruxelles.

(MDM)

La Lyre d’Orphée = Ivan de halleux

Titre d’une pièce peut-être la plus belle de J.Fr. Dandrieu : pièce pleine de profondeur, magnifique, superbe et qui lui correspond tellement bien.
Lorsque je la joue, Ivan est devant moi.
Ivan de Halleux l’artisan, le chercheur infatiguable, toujours à l’écoute des clavecinistes, pour améliorer de petits détails, à droite à gauche, en-dessous d’un sautereau, au clavier, à une des chevilles, minuscules bouts de papier bristol ou de feutre glissés si adroitement que l’on ne les apercevait même pas et qui résolvaient de petits problèmes.
Ivan a assisté à la naissance du «Clavecin en fête», enthousiaste, encourageant, toujours prêt à amener un nouvel instrument. Une année il lui est arrivé d’en amener un qu’il avait terminé la nuit, et que Davitt Moroney a fait chanter d’une façon magistrale pour le plus grand bonheur de tous et en premier lieu d’Ivan.
Lorsque qu’il a s’agit de trouver un lieu pour continuer les petits concerts du jeudi il était si heureux de nous acceuillir. Mais il m’avait averti : ce ne sera pas pour longtemps ! Malheureusement mais quel bonheur d’avoir pu organiser ces petits concerts intimes, à la rue Montjoie, chez lui et avec lui.

Merci IVAN

Betty Bruylants