JEAN-FRANCOIS DANDRIEU
1682 - 1738
Jean-François Dandrieu

Extrait musical : La Fastueuse 
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Lorsqu'on évoque la musique pour clavecin de la première moitié du XVIIIe siècle en France, deux noms s'imposent immédiatement. Ceux de François Couperin dit le Grand, et de Jean-Philippe Rameau. Toutefois, si la musique de ces deux maîtres est remarquable et mérite cette reconnaissance, la musique pour cet instrument fut portée à son apogée en France à l'aube du XVIIIe par toute une génération de compositeurs qui comptent, outre ces deux grands noms, des musiciens tels que Louis Marchand, Louis-Nicolas Clérambault, François Dieupart, Jean-François Dandrieu… Certains de ces compositeurs connurent une renommée importante qui s'estompa après leur mort pour disparaître dans les méandres de l'histoire avant que d'être remis à l'honneur parfois au XIXe et surtout au XXe siècle. Rappelons, par exemple, que François Couperin fut redécouvert lors de l'édition de ses œuvres pour clavecin dirigée par Brahms en 1888. Il en est de même pour Dandrieu, organiste de Louis XV, qui reste aujourd'hui encore méconnu, excepté de quelques musiciens et musicologues notamment grâce à l'étude de Brigitte François-Sappey .

Extrait musical : Doux propos
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"Sa musique est harmonieuse & chantante, elle est assez dans le caractère de celle du fameux François Couperin […] Sa composition est nette, belle, coulante & débarrassée de cette harmonie recherchée, et de ces passages hazardés et brillans qui surprennent plus l'esprit qu'ils ne touchent et ne charment le cœur, qui aime une douce mélodie & une harmonie naturelle et bien variée . "

C'est en pleine maturité, alors qu'il vient d'être nommé organiste du roi, que Dandrieu édite ses trois grands livres de pièces de clavecin. Curieusement, ces livres portent respectivement les titres de Premier, Second et Troisième livre de pièces de clavecin, comme si l'auteur avait voulu passer sous silence ses trois éditions de jeunesse. Quelles qu'aient été ses intentions, ces trois livres, ou du moins les deux premiers, se distinguent des précédents par leur contenu. Bien que toujours structurées selon le modèle français de la suite, la plupart des différentes pièces tendent vers la subjectivité délaissant les formes de danses traditionnelles. Vraisemblablement influencé par Couperin, auquel il voue une réelle admiration, Dandrieu agrémente chaque pièce d'un titre qui exprime le caractère de la musique (La Plaintive, La Bouillonante, Les Cascades, l'Etourdie, Les Oiseaux, Mascarade …). Dans le premier livre, une indication de caractère complète le titre (gaiement, vivement, modérément…), tandis que dans le second elles se raréfient pour totalement disparaître dans le troisième.

 

 

Cette première suite se termine par le fameux divertissement des Caractères de la guerre. Fameux parce que cette page d'abord publiée chez Ballard en 1718 sous une forme symphonique, connut un succès impressionnant. Peut-être même le plus grand qu'ait rencontré Dandrieu, à tel point qu'il n'hésita pas à en publier d'abord une réduction pour clavecin, et suite au succès de cette version présente dans ce Premier livre, à la publier séparément en 1733.

 

 

 

Cette transposition d'un ensemble quasi militaire au seul clavecin ne se fait pas sans mal, notamment sur le point de l'harmonie qui imitant des sonneries militaires est des plus élémentaires. Toutefois, ces pièces n'en demeure pas moins intéressantes sur le point technique, notamment par les nombreuses figurations clavecinistiques virtuoses et expressives.

 Textes de Bernard Mouton (CD Betty Bruylants).